Somone, le 26/05/2020

 

Aimé a 60 ans, il est ivoirien et SDF à Paris. Il dort dans les centres d’hébergement d’urgence été comme hiver. Nous sommes en 2007, je prends mon poste d’éducatrice spécialisée à l’Arche d’Avenirs, plus grand accueil de jour d’Europe pour les personnes sans domicile. Motivée comme jamais et bien décidée à sortir tout le monde de la rue du haut de mes espoirs, je rencontre Aimé. Aimé, n’a pas de papier, cela fait déjà une trentaine d’années qu’il erre dans les rues du 13 ème arrondissement de Paris. Il n’a pas de papier, par conséquent, il ne peut pas travailler, il n’a donc pas de revenus pour payer un loyer ni ne serait-ce que pour manger à sa faim. Il n’a donc pas d’autre alternative que de fréquenter les structures d’insertion. Il dépend des associations pour tout. Pour dormir, il doit passer la moitié de la journée pendu à son téléphone pour obtenir une place dans l’un
des nombreux dortoirs de la ville de Paris. Le lendemain, rebelote. Le surlendemain, c’est la même chose. Et les jours d’après également. Les jours, les mois et les années passent au rythme des coups de fil quotidiens au 115. Mais ce n’est pas tout. Pour manger, il doit faire la queue. Pour se doucher il doit faire la queue. Pour se réchauffer d’un café il doit faire la queue. Son existence entière est soumise à une file d’attente. Sans rien dans les poches il ne peut subvenir à ses besoins les plus élémentaires. Malheureusement Aimé n’est pas la seul dans cette situation. 30 % de la population SDF est constituée d’étrangers sans papiers. Une poignée va s’en sortir comme Alassane, qui 10 ans après que j’ai quitté l’Arche m’a écrit pour me donner des bonnes nouvelles : diplômé bac+5, nationalité française acquise et de nombreuses pistes pour décrocher un job bien payé. Je lis son mail les larmes aux yeux et je remercie le ciel. Mais Aimé dans tout ça ? J’ai toujours cherché à comprendre pourquoi il ne rentrait pas dans son pays la Côte-d’Ivoire pour y mener une existence digne de ce nom. Il avait toujours des bonnes excuses pour ne pas perdre la face. La vérité c’est qu’Aimé n’avait rien construit au pays. Rien qui lui permettait de rentrer chez lui, chez lui. De la honte face à la pression sociale d’un retour au pays considéré comme un échec, il s’est résigné dans une vie d’errance dans un pays qui ne voulait pas de lui. De l’importance d’avoir un chez-soi chez Soi.

 

Aminata pour démay conseil